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Tragique virée nocturne en pédalo: deux morts
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Quatre adolescents de 15 à 17 ans ont volé une embarcation dimanche au petit matin sur le quai du Mont-Blanc.
Le pédalo prenait l'eau. Les jeunes ont paniqué. Deux d'entre eux se sont noyés.
Que faisaient-ils, seuls, à 4 heures du matin? Faut-il instaurer un couvre-feu pour les ados?
Cela devient une tragique habitude. Pour la troisième fois en moins d'un mois, des adolescents ou des jeunes adultes périssent à Genève à cause de leur imprudence pendant le week-end. Hier matin, une virée sur le lac a tourné au drame. Quatre jeunes de 15 à 17 ans, trois Vaudois et un Fribourgeois domiciliés à Lausanne, ont volé un pédalo sur le quai du Mont-Blanc, près des Pâquis, pour tenter de rejoindre la capitale vaudoise. Deux d'entre eux, des Vaudois de 15 et 16 ans, ont péri noyés dans la triste aventure.
Ce sont des témoins qui passaient par là qui ont donné l'alerte à 4h15 en apercevant l'un des imprudents nager vers le quai dans une eau ne dépassant pas les 10 degrés. Le jeune homme a reçu des premiers soins à l'Hôtel Président Wilson. Un hélicoptère de la Rega et la police ont repéré un deuxième adolescent qui nageait vers la rive et ont pu le repêcher. Souffrant d'hypothermie, les deux adolescents ont été transférés vers les HUG. Leurs vies n'étaient pas en danger au moment où nous mettons sous presse.
Probablement pris de panique
L'hélicoptère a effectué un premier vol et a repéré le pédalo. Mais, malgré des jumelles de vision nocturne permettant d'amplifier jusqu'à 3000 fois la lumière du ciel en pleine nuit et un phare, ils n'ont pas retrouvé les deux autres passagers. Vers 11?h, lors d'un deuxième vol, les deux corps ont été découverts à environ 300 mètres du bord, à quatre mètres de fond. «Insubmersible, le pédalo flottait encore mais avait pris l'eau», précise Jean-Philippe Brandt, attaché de presse de la police. Les quatre jeunes ont probablement été pris de panique.
Question de bouchons
Lorsque ces quatre adolescents ont mis à l'eau l'embarcation après avoir sectionné un câble en acier, ils ne se doutaient pas que les bouchons de vidange situés sous les pédales et à l'arrière du pédalo avaient été retirés.
En hiver, il est d'usage de les enlever pour empêcher qu'ils gèlent au moment de l'entreposage des embarcations. Selon la police, les quatre adolescents n'étaient pas ivres. Pourtant, un verre presque vide dégageant quelques effluves d'alcool se trouvait encore dimanche après-midi sur un des pédalos du quai du Mont-Blanc.
Quelle mouche a-t-elle piqué ces quatre adolescents pour partir sur le lac alors que la température de l'air avoisinait les 4 degrés et que le vent soufflait? «Après avoir passé une soirée chez un ami, ils ont tout simplement voulu rentrer chez eux à Lausanne en pédalo», indique le porte-parole de la police. Se pose la question de la prise de risque de plus en plus insensée que prennent des adolescents et des jeunes adultes chaque week-end.
Le 19 octobre, trois jeunes de 16 à 21 ans mourraient carbonisés dans une voiture à Perly. Il y a deux semaines, les corps sans vie de deux hommes de 23 et 30 ans et d'une femme de 30 ans étaient retrouvés sur le quai de Cologny.
Comment mettre fin à cette série noire?
«Ne sous-estimez pas les dangers du lac!»
Il était persuadé qu'un drame allait se produire un jour. Jarek Baryeka, consultant et navigateur de longue date, habite à la rue Barton, à deux pas du lieu du vol du pédalo.
«Les quais du Mont-Blanc et Wilson ont changé. Depuis cinq ans, les actes de vandalisme se multiplient», constate-t-il.
Jeunes gens ivres, adolescents qui vomissent, feu bouté à la rue du Léman, Jarek
Baryeka décrit avec amertume les changements de son quartier.
Il constate que pendant l'été, des centaines de jeunes fréquentent le bar voisin de la Terrasse et traversent la route au petit matin souvent sans regarder, sous l'emprise de l'alcool. Or, le trafic est intense: «Je suis étonné qu'il n'y ait pas encore eu d'accident mortel.»
Plus grave, selon lui, l'inconscience de ceux qui s'aventurent sur le lac sans aucune expérience. «Ici, les gens ont une fausse impression de sécurité quand ils s'engagent sur le lac», estime le navigateur.
Un accident qui servira d'avertissement
Pourtant, même si ce plan d'eau demeure plus accessible que la mer, il faut, à cette saison, des vêtements thermiques et un bonnet pour se protéger du froid: «Avec des habits de ville, vous ne tenez pas longtemps.» Les deux adolescents qui s'en sont sortis hier matin ont eu beaucoup de chance. A une température de dix degrés, on peut nager quelques centaines de mètres et s'en sortir.